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Terrifiée, je resserrai l’emprise de ma main poisseuse sur la poignée de mon épée en m’efforçant de ne pas quitter des yeux le regard de mon assaillant. « C’est dans les yeux de l’ennemi qu’on devine son coup suivant », m’avait-on appris. Hélas, j’avais beau sonder ce regard-là, je n’y devinais rien du tout.

Le bouclier pesait affreusement lourd, et mon bras gauche tremblait de fatigue. « Il faut garder les yeux à hauteur du rebord, m’avait-on dit aussi. Ne pas quitter l’adversaire du regard et essayer d’anticiper son… »

L’adversaire en question fut sur moi en un instant. Sans trop savoir comment, je m’arrangeai pour bloquer son premier coup et tentai même de l’atteindre avec mon épée. C’est alors que mon casque trop grand me retomba sur le nez. Aussitôt après, un coup à assommer un bœuf fit vibrer mon bouclier.

Hurlant de douleur, le bras engourdi, je laissai aussitôt tomber mon arme sur le sol. Quelqu’un remonta mon casque et je découvris Rafe, devant moi, qui fixait mon bras avec horreur.

— Ça va certainement enfler, prédit tranquillement Prest à côté de lui. Et virer au bleu.

Levant les yeux au ciel comme pour y chercher secours, Rafe émit un grognement d’appréhension.

— Le Seigneur de Guerre va me tuer ! gémit-il en reportant son attention sur moi. Captive, vous étiez censée bloquer les coups !

— Mais… j’ai essayé !

Après m’être débarrassée de mon bouclier de bois et m’être frotté longuement l’avant-bras, j’ajoutai :

— J’ai regardé tes yeux par-dessus le rebord de mon bouclier, comme on m’a dit, mais…

Ander me coupa la parole pour livrer son verdict.

— Trop lente ! Elle n’a pas la vitesse nécessaire.

— Et le bouclier est trop lourd, ajouta Yveni. Elle n’a pas la force qu’il faudrait.

— Ce qui cloche, décréta une troisième voix, c’est que les Éléments ont doté Son Altesse du bon sens d’une oie !

L’auteur de ce jugement définitif n’était autre que Marcus. Tous se retournèrent pour le regarder arriver à cheval. Sous la capuche de sa cape, il jetait à notre petit groupe un regard noir.

— Qu’est-ce qui se passe ici ? aboya-t-il sèchement.

Tout le monde se mit à parler en même temps.

Avec un soupir, j’ôtai mon casque et défis ma natte, libérant avec soulagement mes cheveux trempés de sueur. Être une reine guerrière, je l’avais vite découvert, était un métier épuisant et assez salissant…

On s’époumonait autour de moi. C’était à qui crierait le plus fort. Marcus gardait sa capuche sur la tête quel que soit le temps, pour ne pas infliger aux Cieux la vue de ses cicatrices. Une très ancienne bataille lui avait coûté l’oreille et l’œil gauches et lui avait laissé le visage défiguré par d’atroces brûlures. Prest, avec sa peau d’un brun clair et ses longues nattes noires qui lui tombaient au milieu du dos, le dominait d’une tête. Les bras croisés, il restait silencieux, comme à son habitude.

Rafe, encore plus pâle que de coutume, gesticulait en essayant d’expliquer sa version des faits. Ses cheveux sombres formaient un contraste saisissant avec sa peau blanche, et ses yeux marron clair étincelaient de frustration. Il avait été le premier des prisonniers firelandais retenus à Fort-Cascade à accepter mes soins, et le premier également à apprendre ma langue.

Ander faisait lui aussi de grands gestes tout en parlant. Son crâne totalement chauve brillait sous le soleil, et ses sourcils blancs broussailleux dansaient au-dessus de ses yeux noisette. Yveni, grande et mince, observait tout comme Prest la scène en silence, avec un air de détachement amusé. Sa peau était la plus foncée que j’aie pu observer jusqu’alors dans les rangs des Firelandais. Ander et elle avaient été choisis pour remplacer Epor et Isdra, victimes de la peste qui avait ravagé l’armée.

Les abandonnant à leur dispute, je laissai mon regard se porter vers l’horizon, en direction de Fort-Cascade. Les arbres que nous laissions derrière nous avaient perdu leurs couleurs. La chute des feuilles s’accélérait. J’avais du mal à croire que deux mois seulement s’étaient écoulés depuis que j’avais quitté la capitale du royaume de Xy pour rejoindre à pied mon Seigneur de Guerre. Avec tout ce qui s’était passé, j’avais l’impression d’être partie depuis bien plus longtemps.

Cela faisait dix jours que nous avions quitté le village calciné dans lequel nombre d’hommes et de femmes, xyians aussi bien que firelandais, étaient morts de la peste. Nous avions repris notre longue route vers la patrie de Keir – la Grande Prairie, comme l’appelaient ses habitants. D’ici peu, j’aurais mon premier aperçu de cette terre de légende qui bordait mon royaume. Encore un ou deux jours de voyage, et la grande vallée montagneuse de Xy déboucherait sur les étendues sauvages des plaines. Je serais arrivée là où je n’avais jamais rêvé d’aller. Là où un avenir incertain m’attendait.

Je parcourus des yeux l’interminable colonne de l’armée firelandaise qui progressait non loin de nous, en route vers sa mère patrie. Keir avait laissé avant de partir la moitié de ses troupes à Fort-Cascade, afin de sécuriser la ville elle-même et le royaume. C’était Simus de l’Aigle, son meilleur ami et principal lieutenant, qui commandait ce contingent. Mais même réduite de moitié – sans compter les membres que la peste lui avait arrachés –, la troupe de guerriers, hommes et femmes, tous armés et à cheval, restait impressionnante.

Bien qu’ils aient été incinérés dans ce village d’où la peste était venue, bien qu’ils soient restés près de ce lac où nous les avions pleurés, les morts continuaient à susciter des conflits au sein même de l’armée. Comment aurait-il pu en être autrement aux yeux de gens pour qui la maladie n’était qu’une malédiction des Éléments ?

Des tensions naissaient également de la présence d’une Captive parmi eux et des changements que j’apportais dans leur mode de vie. Ces tiraillements avaient été mis de côté pour le reste du voyage, et ce serait au Conseil des Anciens de trancher lorsque nous atteindrions le cœur de la Grande Prairie.

Nous aurions pu y parvenir plus tôt, mais Keir avait imposé à l’armée une allure d’escargot, prétextant la nécessité pour ses troupes de reprendre des forces, et pour l’intendance de regarnir les stocks.

En réalité, nous nous traînions sans nécessité.

Quant à moi, je n’y trouvais rien à redire. Depuis dix jours, j’avais retrouvé Keir. La nuit, nous faisions l’amour. Le jour, nous vaquions aux multiples occupations de notre charge. Pourquoi me serais-je plainte de passer le plus de temps possible en compagnie de mon Seigneur de Guerre bien-aimé ?

Le silence soudain qui s’installa autour de moi me fit prendre conscience que j’étais au centre de l’attention générale. Je me retournai et me retrouvai nez à nez avec un Marcus furieux, qui avait mis pied à terre et dardait sur moi son œil unique.

— Apparemment, dit-il d’un ton menaçant, c’était votre idée.

D’un coup d’œil, je consultai mes gardes du corps, mais tous avaient subitement mieux à faire que me regarder.

— Oui.

— Et pourquoi ? Quel était votre but ? insista-t-il.

Je redressai fièrement le menton et soutins son regard sans ciller. Après tout, je n’avais pas à rougir de mes actes.

— Je veux être capable de me défendre, répondis-je. Et de protéger Keir si besoin est.

— Le Maître ? s’étonna-t-il. Vous ne le pensez pas capable d’assurer seul sa protection ?

Je soupirai, prête à subir ses railleries.

— Quand Keir était malade et que j’ai surpris Iften dans notre tente, penché au-dessus de lui, un poignard à la main, j’ai eu très peur.

Avec un geste du bras englobant mes gardes du corps, j’ajoutai :

— Je ne veux plus être un poids mort. Tu dis toi-même que la vie dans la Grande Prairie n’est pas sans danger. J’ai pensé que je pouvais au moins apprendre à…

Je dus déglutir péniblement avant de pouvoir conclure :

— … à me battre.

Marcus, le visage de marbre, me dévisagea avec tant d’insistance que je dus détourner les yeux.

— Je sais que ça peut paraître stupide, mais…

— Cela n’a rien de stupide, coupa-t-il.

Pensif, il tourna les yeux vers le fond de la vallée, là où elle conduisait à la Grande Prairie. Avec un soupir résigné, il poursuivit :

— La mort arrive en un instant. C’est une dure vérité que vous êtes en train d’apprendre.

Puis son regard revint se fixer sur moi et se fit réprobateur de nouveau.

— Mais si l’intention est louable, conclut-il en secouant sévèrement la tête, vous faites fausse route. Laissez-moi vous montrer.

À peine eut-il parlé qu’il se jeta sur Ander sans crier gare, si vite que je n’eus pas le temps de le voir bouger. Dans le même mouvement, il avait dégainé sa dague, qu’Ander bloqua avec la sienne, qu’il avait dégainée aussi rapidement que Marcus. Ils restèrent ainsi un moment dressés l’un contre l’autre, avant de se séparer en inclinant le buste pour se saluer.

L’escarmouche terminée, Marcus se tourna vers moi.

— Vous voyez ? demanda-t-il, l’air satisfait.

— Non, répondis-je honnêtement, les sourcils froncés.

— Ander n’a pas besoin de réfléchir à ce qu’il doit faire, m’expliqua-t-il patiemment. Il se contente de réagir. À l’instinct. Le combat à l’arme blanche, il a ça dans le sang depuis que sa thea lui a tendu sa première arme quand il a percé ses premières dents.

Cette précision me fit tiquer. Ses premières dents ?

— Vous réfléchissez, Captive… enchaîna Marcus. Vous réfléchissez, et le temps que votre cerveau dise à votre corps ce qu’il doit faire vous est fatal. Peu importe le poids du bouclier ! Peu importe que…

— Un petit instant, coupai-je en levant une main devant moi. Vous donnez des armes à vos bébés ?

Marcus se figea et réfléchit un instant.

— Qu’entendez-vous par « bébés » ? demanda-t-il enfin.

La barrière de la langue, une fois encore… Chaque fois que j’imaginais avoir tout appris des subtilités du firelandais, mes illusions venaient se briser sur un nouvel écueil.

— De très jeunes enfants qui ne marchent pas encore et souillent leurs couches, répondis-je. Comme Meara.

C’était près du corps de sa mère morte, dans ce village décimé par la peste dont elle avait été la seule survivante, que nous avions trouvé Meara. Après s’être relevée de la maladie qui avait à son tour failli l’emporter, elle était en quelque sorte devenue la mascotte de l’armée.

— Vous n’y êtes pas, m’expliqua Marcus en secouant la tête. Quand je dis « ses premières dents », cela veut dire l’ensemble de ses premières dents.

Cette précision me donna à réfléchir. C’était du jeu complet de dents de lait qu’il voulait parler. Ce qui signifiait que les Firelandais se voyaient offrir leur première arme vers l’âge de deux ans et demi.

— La première arme est en bois, précisa Marcus, comme s’il avait pu lire dans mes pensées. Seuls les enfants ayant toutes leurs dents définitives peuvent en avoir une vraie.

Je hochai pensivement la tête en enregistrant cette information. Les Firelandais croisaient donc le fer comme de vrais soldats dès l’âge de six ou sept ans. Il n’était guère étonnant, dans ces conditions, qu’ils soient des virtuoses du couteau à l’âge adulte.

Tout compte fait, me dis-je avec soulagement, j’avais été bien inspirée d’envoyer Meara à Anna, ma nourrice restée à Fort-Cascade, avant que l’armée ne se remette en route vers la Grande Prairie.

— Et puisque votre thea ne vous a pas donné d’arme à vos premières dents, conclut Marcus, vous devez vous concentrer sur ce que vous savez faire plutôt que sur ce que vous ne savez pas faire.

— Je ne vais pas avoir grand-chose sur quoi me concentrer, répliquai-je en grimaçant.

— C’est ce que nous allons voir.

Marcus alla ramasser le bouclier et l’épée de bois dont je m’étais servie précédemment et reprit :

— Vous souvenez-vous de ce que vous avez fait quand ce prêtre guerrier a surgi dans votre tente ?

J’allai m’asseoir dans l’herbe à côté de Prest avant de lui répondre.

— J’ai hurlé et je me suis enfuie.

— Mais encore ? insista-t-il.

Gardant soigneusement les pans de sa cape serrés autour de lui, Marcus s’assit à son tour. Rafe l’imita et sortit sa dague et une pierre taillée, avec laquelle il entreprit d’affûter soigneusement son arme. Seuls Ander et Yveni restèrent debout, assez près de nous pour nous entendre, mais suffisamment vigilants pour monter bonne garde.

Tout en réfléchissant, j’arrachai une herbe haute avec laquelle je me mis distraitement à jouer.

— Je suis allée me cacher derrière Keir, dis-je d’un ton boudeur, en grande courageuse que je suis…

— Vous autres Xyians et votre mémoire déplorable ! railla Marcus. Naturellement, vous avez oublié.

Redressant la tête, je vis que Rafe et Prest souriaient d’un air complice.

— Quoi ? demandai-je avec agacement. Qu’est-ce que j’ai oublié ?

— Avant de vous sauver, répondit Rafe sans se faire prier, vous lui avez jeté à la tête ce pot de mélasse puante. Quand il est sorti de la tente, il en était couvert.

Souriant lui aussi mais toujours concentré sur sa tâche, Ander soupira.

— Dommage… J’ai raté ça.

— Heyla ! renchérit Yveni. J’aurais bien aimé voir ça, moi aussi.

Comme un grand enfant, Prest pouffa sous ses doigts.

— Le prêtre guerrier n’a pas pu l’oublier, ajouta-t-il. Il a mis des jours à se débarrasser de l’odeur du chou-putois.

Machinalement, il tira l’impressionnante masse d’armes qu’il portait dans le dos. Avec un soin maniaque, il défit les lanières de cuir qui en garnissaient la poignée et les remit en place. Attristée, je détournai le regard. Je ne pouvais poser les yeux sur cette arme sans penser aussitôt à Epor, qui la lui avait léguée, à Isdra, sa promise, et à leur mort tragique.

— En somme, qu’avez-vous fait ? résuma Marcus. Vous avez donné l’alerte pour prévenir que vous étiez en danger, et vous avez utilisé ce que vous aviez sous la main pour gêner l’ennemi et gagner du temps. Puis vous en avez profité pour fuir et vous placer sous la protection de qui pouvait vous défendre.

Effectivement, j’avais oublié que j’avais lancé ce pot de chou-putois à la tête de la créature de cauchemar qui m’avait surprise au sortir de mon bain.

— Vous ne devez pas apprendre à vous battre, commenta doctement Marcus. Vous devez apprendre à vous défendre.

— Et à savoir quoi faire en cas de danger, ajoutai-je. Je suis restée interdite quand j’ai trouvé Iften dans notre tente, menaçant Keir avec un couteau alors que celui-ci se trouvait à sa merci à cause de la maladie. Je n’ai même pas eu le réflexe de crier !

— Il faut se garder de la peur, dit Prest, concentré sur sa tâche.

Tout en passant la pierre sur sa lame, Rafe récita :

— La peur vous pétrifie quand il faudrait vous enfuir et vous fait fuir quand il faudrait ne pas bouger.

Ander prit le relais.

— La peur vous réduit au silence quand il vous faudrait crier et vous fait crier quand il faudrait vous taire.

J’étais à présent habituée à ces comptines rythmées venues de l’enfance, que ces grands gaillards utilisaient pour moucher leurs ennemis et comme outils mnémotechniques. Cela n’avait rien de surprenant pour un peuple qui ne disposait d’aucune écriture et ne devait compter pour transmettre son savoir que sur la mémoire et la tradition orale.

Ce fut Marcus qui reprit la parole pour achever la fable.

— La peur bloque la gorge, vous empêchant de respirer. La peur vous lie les mains et bande vos yeux. Il ne sert à rien de la nier ou de l’oublier. Il faut l’affronter.

J’attendis un instant, mais personne ne poursuivit.

— Tout cela est bien joli, dis-je d’un air sceptique. Mais… comment faire ?

Prest releva la tête et me sourit, ses dents blanches formant un contraste éclatant avec sa peau sombre.

— C’est simple, dit-il. Il faut s’entraîner.

Il m’apparut rapidement que j’aurais mieux fait de me taire… Tout ce que j’avais demandé à mes gardes du corps, c’était qu’ils m’apprennent à manier un bouclier et une épée. Après tout, à les voir se mouvoir au combat avec tant de grâce et de facilité, cela n’avait pas l’air bien compliqué. Mais Marcus avait autre chose en tête.

Nous avions pour consigne d’attendre que tout le cortège ait défilé devant nous avant de nous remettre en route. Keir, lorsqu’il m’avait annoncé cela, avait sur les lèvres un petit sourire qui m’avait mis la puce à l’oreille. Sans doute, en me plaçant à l’arrière de ses troupes, souhaitait-il être sûr d’être à mes côtés quand j’aurais mon premier aperçu de la Grande Prairie.

Marcus souhaita mettre cette attente à profit pour m’enseigner des rudiments d’autodéfense. Plus facile à dire qu’à faire… Tandis que l’interminable colonne de soldats défilait, nous passâmes l’après-midi à nous entraîner. Mes gardes du corps jouèrent l’un après l’autre le rôle de l’agresseur. Je devais quant à moi contribuer avec ceux qui restaient à assurer au mieux ma protection.

Marcus, à distance, me regardait suer sang et eau. Et dès que j’eus réussi à maîtriser la situation, il intervint pour demander à Prest de « mourir » – ce que celui-ci fit aussitôt en se couchant obligeamment à mes pieds.

Marcus étant un fervent partisan de l’apprentissage par la pratique, il me fallut apprendre à évoluer au milieu de mes alliés en les gênant le moins possible, sans perdre de vue la menace dont j’étais l’objet. Quand je n’en pouvais plus, nous faisions une pause, le temps que je reprenne mon souffle et que je boive un peu d’eau. Mes partenaires, naturellement, n’en avaient nul besoin et restaient frais comme des roses…

Finalement, alors que le soleil s’apprêtait à disparaître à l’horizon, Marcus, armé d’une dague dans chaque main, ordonna à tous les autres de se coucher, et je me retrouvai seule face à lui.

— Et maintenant ? demanda-t-il en me fixant d’un air féroce sous sa capuche. Que faites-vous ?

— Mais je n’en sais rien ! m’emportai-je.

Ander, qui s’était arrangé pour tomber face contre terre, donnait l’impression de faire une sieste.

— Cherchez le point faible ! me lança-t-il à mi-voix.

Quel point faible ? Armé d’un seul couteau, Marcus avait déjà prouvé qu’il n’en avait aucun. Alors, avec deux dagues…

Magnanime, il fit rouler dans son orbite son œil unique. Saisissant l’allusion, je plongeai sur sa gauche, dans l’angle mort de son champ de vision. Mais il n’eut qu’à pivoter légèrement sur lui-même pour réduire mes efforts à néant.

— À quoi bon ? m’écriai-je, excédée.

— N’arrêtez pas de bouger, me conseilla Yveni. Afin de l’empêcher de lancer ses dagues.

Allongée sur le côté, elle mâchouillait un brin d’herbe tout en surveillant les alentours. Rafe, dans la direction opposée, faisait de même.

— Essayez de le prendre de vitesse en vous enfuyant, suggéra de nouveau Ander.

— Jetez-lui des choses à la tête ! ajouta Prest.

Tout ce que j’avais à portée de main, c’était ma sacoche de premier secours, et elle m’était trop précieuse pour que je me résolve à la lancer.

— Il faut tirer avantage de la moindre faiblesse de votre adversaire, déclara Marcus. La mienne, c’est que je suis borgne, ajouta-t-il en désignant son visage. Si vous pouvez aveugler votre assaillant avec une de vos mixtures, n’hésitez pas à le faire. Ce sera peut-être ce qui vous sauvera. Compris ?

— Compris.

— Plus important encore… Si plus personne n’est là pour vous protéger, que faites-vous ?

Méfiante, je le dévisageai nerveusement. J’avais encore à l’esprit la leçon qu’il m’avait donnée un jour en me jetant sur le sol et en pointant un couteau sur ma gorge.

— L’armée ? suggérai-je timidement.

Marcus émit un ricanement et grogna :

— L’armée n’est plus là non plus.

Je remarquai Rafe, qui me désignait discrètement du pouce nos montures. Toutes patientaient en broutant l’herbe, sauf Grandcœur. J’avais donné un nom à mon fier destrier, ce qui avait choqué les Firelandais, qui vénéraient les chevaux mais n’avaient pas cette coutume. Comme à son habitude, Grandcœur profitait de ce moment de répit pour dormir, la tête baissée.

— Les chevaux ? hasardai-je.

— Les chevaux, approuva Marcus.

Il fit disparaître ses armes dans les profondeurs de sa cape et, comme sur un signal, les autres se relevèrent en s’époussetant du plat de la main.

— Si cela vous est possible, reprit-il, bondissez sur le dos d’un cheval et il vous mettra hors de danger.

— Si la Captive arrive à rester en selle…

Je foudroyai du regard Prest, qui s’était permis cette remarque caustique. La blague était éculée, mais mes compagnons ne s’en lassaient pas. Je n’étais pas née sur une selle, comme tous ceux de la Grande Prairie et, à leurs yeux, mes talents de cavalière étaient nuls.

— Quoi qu’il en soit, conclut Marcus, cette leçon devra attendre. Le Maître va ordonner qu’on dresse le camp d’ici peu, et le repas ne va pas se préparer tout seul.

Sur ce, il tourna les talons et se dirigea vers les chevaux. Ravie d’en avoir fini, je lui emboîtai le pas.

Depuis que nous nous étions remis en route vers la Grande Prairie, Keir avait changé nos dispositions pour la nuit. Ma tente était plus haute, à présent, et je pouvais y tenir debout. Il avait aussi fait en sorte, grâce à un empilement de couvertures de selle, que ma couche soit plus grande et plus confortable.

Mais le changement le plus important et le plus agréable, c’était que je dormais désormais toutes les nuits dans ses bras.

Quand nous avions quitté Fort-Cascade, Keir avait gardé l’habitude de se montrer à ses guerriers pour entretenir le moral des troupes en sillonnant sans arrêt les rangs de son armée. Il m’avait quant à moi placée au centre du convoi, pensant que j’y serais plus en sécurité, ce qui avait entraîné de nombreuses nuits de séparation.

Mais depuis les épreuves que nous avions surmontées ensemble près du village pestiféré, cette époque était révolue. Je voyageais avec lui, et nous ne désirions ni l’un ni l’autre rester séparés plus longtemps que nécessaire.

Bien sûr, Keir continuait à remplir son rôle. Il passait ses journées avec ses guerriers, à résoudre les problèmes qui se posaient. Mais chaque nuit, il revenait à notre lit, à mes bras, et à moi. En cela, la nuit qui s’annonçait ne serait pas différente des précédentes.

Marcus était partout à la fois, gardant un œil sur les hommes qui montaient notre tente tout en surveillant le repas qu’il préparait sur un feu de camp. Assise près des flammes, je le regardais travailler. Rafe et Prest étaient partis s’occuper de leur propre installation pour la nuit, mais Ander et Yveni demeuraient vigilants. Dès que Keir arriverait, ils s’éclipseraient à leur tour. Pour l’heure, ils s’étaient un peu éloignés, pour me donner un semblant d’intimité.

Dans ce domaine, les Firelandais avaient de tout autres habitudes que mon propre peuple. Ils se baignaient entièrement nus dans les rivières, hommes et femmes mêlés, sans que cela leur pose le moindre problème. Seuls les grelots d’intimité garantissaient à qui les arborait un isolement temporaire, comme Joden me l’avait expliqué.

J’étouffai un soupir en écartant cette pensée. Joden était un autre sujet sensible, qu’il m’était difficile d’aborder.

Quand l’armée était en mouvement, nul ne se donnait la peine d’abattre des arbres et de les tronçonner en billots pour en faire des sièges. À la place, nous utilisions les couvertures de selle repliées en guise de coussins. Assise sur l’une d’elles près du feu, un manteau jeté sur les épaules, je n’avais pas froid. L’hiver s’était déjà installé sur les sommets, et il nous pourchassait tandis que nous descendions vers les plaines. Le ciel étant particulièrement clair ce soir-là, la nuit risquait d’être froide.

Avec son efficacité coutumière, Marcus tranchait de la viande et préparait du kavage. Il ne tolérait aucune aide de ma part. J’étais si fatiguée que cela m’arrangeait bien. Je n’avais plus la force de faire autre chose que rester assise près du feu. Pour m’occuper, je ramenai sur mes genoux ma sacoche de premier secours, que j’utilisais depuis…

Depuis la mort de Gils. Autre souvenir pénible à éviter.

Jeune guerrier firelandais, Gils avait osé braver les us et coutumes de son peuple pour devenir mon apprenti. Son visage mangé de taches de rousseur, ses boucles écarlates, ses yeux verts et son sourire à fossettes hantaient encore ma mémoire. Sa jeunesse, sa curiosité et sa soif de vivre n’avaient pas fait le poids face à la peste. Il avait été le dernier, dans les rangs de l’armée, à la contracter et à en périr. Fermant les yeux, je luttai pour retenir mes larmes et adressai une prière à la Déesse, afin qu’elle accueille son âme, ainsi que celles d’Epor et d’Isdra.

Ces deux guerriers, qui avaient pénétré dans le village pestiféré en ma compagnie, avaient été les premières victimes de l’épidémie. Du moins, c’était Epor qui en était mort. Isdra, elle, avait rejoint son promis beaucoup plus tard, et de sa propre main, lors de la cérémonie d’adieu, au bord du lac, à toutes les victimes de la peste. Leur souvenir et celui des centaines de malades que je n’avais pu sauver n’étaient jamais très loin de mes pensées. Si seulement…

— Tenez, buvez ! Et cessez un peu de penser aux morts.

La voix bougonne de Marcus venait de me tirer de mes pensées. Je saisis le kavage fumant qu’il me tendait.

— Marcus… dis-je en serrant entre mes doigts glacés le bol brûlant. Comment savais-tu ?

— Le soir venu, qui ne pense pas aux êtres chers qui sont partis ? Ceux dont l’image reste dans nos cœurs et que nous ne reverrons pas avant la plus longue des nuits ? Nous avons pleuré nos morts, Lara. Pour l’instant, cela suffit.

Sa voix s’était adoucie sur ces derniers mots. Levant les yeux, je le dévisageai à travers un brouillard de larmes.

— Je sais, dis-je en essuyant mes pleurs d’un revers de main. Mais ils me manquent tellement ! Et je regrette…

— Il n’y a rien à regretter ! coupa-t-il. Leur esprit voyagera à nos côtés jusqu’aux prochaines neiges, invisible et indiscernable – à moins qu’ils n’en décident autrement. Offrez-leur vos pensées, mais pas uniquement votre tristesse. Souvenez-vous aussi des moments de joie. Comme quand le jeune nigaud vous a lu la lettre de Simus. D’accord ?

Ce souvenir de Gils me fit sourire.

— D’accord.

Avec un grognement de satisfaction, Marcus retourna à sa tâche. Après avoir soufflé sur le kavage brûlant, je bus prudemment une première gorgée. La chaleur du breuvage se répandit dans ma gorge, puis dans tout mon corps. Je le sirotai lentement, en pensant à l’insatiable soif d’apprendre de Gils, et à Epor et Isdra, que j’avais surpris près du puits, une nuit dans le village désert, en train d’échanger un baiser passionné.

Mais cela ne suffit pas à alléger mon cœur.

Pourtant, tous n’étaient pas morts, et il y avait une consolation à tirer de cela. Tant d’entre nous avaient survécu à la phase aiguë de la maladie, à commencer par la petite Meara… Le bébé était si subitement tombé malade que nous ne l’avions d’abord pas remarqué. Mais grâce à la Déesse, nous étions parvenus à la sauver.

Je souris en songeant au cri furieux qu’elle avait poussé quand, d’une tape dans le dos, j’avais réussi à la ramener à la vie, dans les eaux glacées du lac. Son visage congestionné était tordu par la fureur et de grosses larmes perlaient à ses cils épais, mais jamais musique n’avait sonné plus agréablement à mes oreilles que ses pleurs.

Nous avions été si près de la perdre ! Comme nous avions fini par perdre Gils. Et pour lui, il n’y avait pas eu de miracle.

Machinalement, je baissai la tête pour contempler la sacoche en cuir posée sur mes genoux, héritage de mon apprenti. Il l’avait fabriquée lui-même, à partir d’une sacoche de selle à laquelle il avait ajouté une bandoulière et des poches supplémentaires. Je m’en servais depuis qu’il était mort, mais je n’avais pas pris le temps d’en ranger ni d’en inventorier le contenu.

Décidée à m’y mettre enfin, je m’apprêtai à l’ouvrir quand un appel joyeux retentit.

— Heyla !

Keir arrivait au galop. Je sentis un sourire se dessiner sur mes lèvres tandis que je le regardais venir à moi. Juché sur son étalon noir, sa silhouette tout habillée de cuir se profilant sur le soleil couchant, il offrait au regard une vision stupéfiante. Je rejetai le manteau de mes épaules et me mis à courir vers lui pour l’accueillir.

D’un même mouvement fluide, il fit stopper sa monture et mit pied à terre. Son manteau noir tourbillonna autour de lui quand il me prit dans ses bras et me serra fort contre lui, conquérant mes lèvres pour un baiser fougueux. Il sentait bon le cheval, le cuir… et lui-même. Étourdie par sa présence, je lui rendis son baiser avec passion.

Lorsque nos lèvres se séparèrent, il partit d’un grand rire réjoui et me souleva sans effort dans ses bras, m’emportant à grands pas vers notre tente. Je nouai les bras autour de son cou, posai ma joue contre son épaule et me laissai aller contre lui, consciente de ses intentions à mon égard et parfaitement consentante.

— Et le dîner ? demanda Marcus d’une voix acerbe en nous voyant passer sans ralentir près du feu.

Keir lui jeta à peine un regard.

— Tu veux savoir ce qu’il y a de mieux dans le fait d’être un Seigneur de Guerre, Marcus ?

Marcus haussa un sourcil interrogateur.

— On obtient toujours ce qu’on veut ! conclut son maître avec un grand sourire.

Je me mis à rire, et Keir se hâta vers notre tente. Il n’eut pas le temps d’y pénétrer.

— Seigneur de Guerre ou pas, grommela Marcus dans notre dos, le dîner de Sa Hauteur va se retrouver dans les flammes s’il n’est pas mangé immédiatement.

Keir stoppa net, le visage figé par l’indécision. Il y avait dans ses yeux bleus, quand il me regarda, un tel regret que je lui caressai la joue en un geste consolateur.

Puis son estomac émit un gargouillement intempestif et j’éclatai de rire.

Nous mangeâmes sous un ciel d’un bleu profond qui virait au noir. Les étoiles qui y brillaient gagnaient progressivement en intensité tandis que l’orbe de la lune montait entre les branches des arbres.

Marcus venait de nous resservir du kavage et finissait de ranger les reliefs du repas quand il se décida à poser à Keir la question qui le taraudait.

— Comment est l’ambiance, dans l’armée ?

J’étais assise tout contre Keir, penchée sur son épaule, une même cape nous protégeant tous deux. Je levai la tête pour voir son visage lorsqu’il répondit en soupirant :

— Pas aussi bonne que je le voudrais. Iften répand son venin. Les guerriers regardent leurs sacoches vides et se demandent s’ils ont bien fait de me suivre.

Sa main caressa un instant mes cheveux et il ajouta :

— J’ai énoncé mes vérités et ils les ont écoutées, mais les paroles pèsent moins lourd que l’or.

N’ayant rien à ajouter à cela, je me contentai de déposer un baiser sur ses lèvres. La conquête par Keir et son armée du royaume de Xy constituait une rupture dans l’histoire du peuple firelandais. Leur pratique habituelle consistait à piller tant et plus les territoires conquis pour retourner chez eux ployant sous le poids des richesses. Keir y avait mis un terme en unissant pacifiquement vainqueurs et vaincus, pour le bien de tous et le progrès de nos deux peuples.

— Tous des sots ! grommela Marcus. Ils ne voient pas plus loin que les naseaux de leurs chevaux.

— En plus, intervins-je en bâillant, il n’est pas tout à fait exact qu’ils reviennent les poches vides. Nous avons en stock quantité de pots de tue-la-fièvre, et de la mousse de sang séchée à ne plus savoir qu’en faire. Et ils en savent beaucoup plus qu’auparavant sur le traitement des fièvres et la façon de venir en aide aux malades.

Après l’épidémie, j’avais fait en sorte que chacun puisse disposer d’un pot de tue-la-fièvre et d’un sachet de mousse de sang. La consigne avait également été donnée de surveiller une résurgence éventuelle de la suante dans nos rangs. Tous avaient promis de rester vigilants, même ceux qui rejetaient mon savoir de maîtresse guérisseuse.

Tous, sauf Iften.

Keir me dévisageait d’un air pensif.

— C’est une vérité que je n’avais pas prise en compte, reconnut-il.

Je lui souris et ne pus retenir, tout de suite après, un long bâillement qui me mit les larmes aux yeux. Bien au chaud contre mon Seigneur de Guerre et l’estomac plein, je sentais le sommeil me gagner.

Keir me prit des doigts mon bol vide et passa un bras autour de mes épaules pour m’attirer contre lui. La tête posée contre sa poitrine, je laissai mes yeux se fermer.

— Tu as l’air épuisée, ce soir, dit-il.

— Elle a voulu apprendre à manier l’épée, intervint Marcus. Lara souhaite être capable de vous protéger.

— Me protéger ?

Je hochai la tête dans un demi-sommeil. De très loin, j’entendis leurs voix continuer à discuter avec en arrière-plan sonore les craquements du feu.

Puis je me sentis soulevée dans les airs et déposée dans notre lit. Keir vint s’allonger près de moi. J’eus à peine la force de lui murmurer une question à l’oreille. Il y répondit avec un petit rire complice.

— Les Seigneurs de Guerre savent aussi attendre pour obtenir ce qu’ils veulent. Dors, Lara.

Satisfaite et rassurée, je me laissai glisser dans le sommeil.

À un moment donné, je sentis Keir se glisser hors des fourrures de notre literie. Je redressai la tête, les yeux mi-clos, et le vis près de la porte de notre tente discuter avec l’un des gardes. Sans doute dus-je émettre quelque bruit inarticulé, car il me fit signe de me rendormir.

Reconnaissante de n’avoir pas à quitter encore la chaleur de notre lit, je laissai ma tête retomber. Je dormais nue, ayant fini par adopter la coutume des Firelandais en la matière. Il ne s’agissait pas uniquement pour moi de copier leur mode de vie. Cela présentait aussi des avantages. Par exemple, Marcus avait moins de linge à laver. Et Keir paraissait apprécier ce changement dans mes habitudes…

Il n’en demeurait pas moins difficile de passer de la chaleur du lit à une température glaciale et d’avoir à enfiler des vêtements froids. Je n’eus donc aucun mal à me blottir sous nos fourrures et à replonger dans le sommeil.

Bien plus tard, je m’éveillai de nouveau lorsque Keir revint s’allonger près de moi. Il prit mille précautions pour ne pas me gêner, mais son bras frôla le mien, me faisant frissonner tant sa peau était froide.

Murmurant une excuse, il se retira dans son coin, mais je ne l’entendis pas de cette oreille et allai me coller contre lui. Je retins un petit cri de surprise. Par la Déesse, il était glacé ! Il fallait être aussi fou qu’un Seigneur de Guerre pour sortir par ce temps discuter avec les gardes dans le plus simple appareil !

N’écoutant que mon devoir, je m’allongeai sur lui pour le réchauffer.

Keir émit un soupir de contentement lorsque mon corps recouvrit le sien. Un frisson le parcourut quand mes seins entrèrent en contact avec sa poitrine. Peu à peu, je le sentis se détendre et se réchauffer sous moi. Et lorsqu’il murmura tout bas quelques mots de remerciement, je souris et caressai avec le pouce la peau douce de ses lèvres.

Keir m’avait enseigné les mille et un secrets du plaisir depuis qu’il avait fait de moi sa Captive. En tant que femme, j’appréciais à sa juste valeur chaque seconde passée entre ses bras. Et en tant que maîtresse guérisseuse, je savais que faire l’amour avec lui aurait tôt ou tard des conséquences.

En fait, peut-être était-ce déjà le cas. Depuis l’épidémie de peste, mes règles n’étaient pas revenues. Mais je n’avais encore aucune certitude. Juste quelques espoirs. Il me fallait attendre pour être sûre que je portais notre enfant dans mon ventre.

Il y eut un léger remue-ménage à l’extérieur. Peut-être une relève de la garde. Le vent, qui s’était levé durant la nuit, faisait claquer la toile de tente. Nous n’avions qu’une courte avance sur l’hiver, qui nous talonnait et sévissait déjà sur les hauteurs. Pourtant, sous notre abri de fortune, nous étions parfaitement au chaud, au sec, et en sécurité.

Quand Keir fut parfaitement réchauffé, je le soulageai du poids de mon corps pour qu’il puisse se rendormir. Je veillai à regagner la même place que j’occupais précédemment, pour éviter le contact avec l’acier des armes que mon Seigneur de Guerre conservait près de lui de l’autre côté. Avec la satisfaction du devoir accompli, je me blottis contre lui et m’apprêtai à me rendormir.

Keir ne m’en laissa pas la possibilité. En m’allongeant sur lui, je l’avais échauffé de plus d’une manière…

L'élue
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